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Guide · Pack de dépôt

Comment rédiger un mémoire technique en sécurité privée

Par Salim Hadimi, fondateur de WEENAO Mis à jour le 11 octobre 2026 · 23 min de lecture

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Deux personnes relisent ensemble un dossier de réponse à un appel d’offres

Ce guide s’adresse au dirigeant d’une société de gardiennage, de sécurité incendie, de rondes ou d’événementiel qui doit remettre un mémoire technique, libre ou dans le cadre imposé par l’acheteur. Il dit ce que l’évaluateur lit, comment se construit le plan, ce qui rend une offre irrégulière, ce que le critère environnemental obligatoire depuis le 21 août 2026 change, et ce qui fait gagner des points sans promettre ce qu’on ne tient pas. Les marchés publics de sécurité privée représentent 1,7 milliard d’euros par an en France, soit 18 % des 9,56 milliards d’euros de chiffre d’affaires de la branche en 2022 (rapport de branche Prévention-Sécurité, octobre 2023). Le mémoire technique est la pièce qui les départage.

Par Salim Hadimi, fondateur de WEENAO, quinze ans en sécurité privée, plus de 300 appels d’offres montés. Sources relues le 11 octobre 2026. Information générale, pas un avis juridique.

Ce qu’est un mémoire technique, et qui le lit

Le mémoire technique est le document où vous expliquez comment vous allez exécuter le marché : avec quels agents, quelle organisation, quels contrôles, quels moyens. L’acheteur le note sur les critères annoncés dans son règlement de consultation. Dans une consultation de gardiennage, c’est lui qui sépare deux offres au prix proche.

Son lecteur n’est pas un dirigeant de sécurité. C’est le plus souvent un acheteur ou un responsable des services généraux qui analyse plusieurs mémoires dans la même journée, avec une grille sous les yeux, et qui doit justifier chaque note dans un rapport d’analyse. Il ne cherche pas à être convaincu. Il cherche, pour chaque sous-critère, la réponse et sa preuve, à l’endroit où il s’attend à la trouver.

Une chose que beaucoup de sociétés ignorent : le mémoire devient une pièce du contrat. Quand le marché se réfère au cahier des clauses administratives générales des fournitures courantes et services (CCAG-FCS 2021), l’offre technique du titulaire figure parmi les pièces contractuelles, au sixième rang de l’ordre de priorité (article 4.1). Le CCTP prime en cas de contradiction, mais tout ce que votre mémoire promet au-delà du cahier des charges vous engage pendant toute la durée du marché. Un délai de remplacement, un taux d’encadrement, une fréquence de visite : chaque chiffre écrit est un chiffre dû.

Avant d’écrire : lire le règlement de consultation en entier

Le règlement de consultation est obligatoire dans toutes ses mentions. Le Conseil d’État l’a rappelé le 18 octobre 2024 (n° 474772) : une offre qui ne fournit pas ce que le règlement exige n’est pas « imprécise », elle est irrégulière, et l’acheteur doit l’écarter. Dans cette affaire, le règlement demandait les moyens matériels affectés au marché ; le candidat retenu en avait décrit une partie en termes généraux, sans affectation ferme. L’attribution a été jugée fautive.

Avant d’écrire une ligne, relevez donc dans le règlement, le CCAP et le CCTP :

  1. Les critères et sous-critères de jugement, avec leur poids. Les sous-critères qui peuvent influencer la présentation des offres doivent être annoncés, pondérés ou hiérarchisés (Conseil d’État, 18 juin 2010, n° 337377 ; code de la commande publique, R2152-11 et R2152-12). Ils sont votre plan.
  2. La forme imposée : cadre de réponse ou mémoire libre, limite de pages, format du fichier, signature, nom du fichier, réponse distincte par lot.
  3. Les pièces à joindre et les exigences éliminatoires : autorisation d’exercice, attestation de visite, qualifications, délais.
  4. Ce que le CCTP fixe et que le mémoire ne peut pas contredire : nombre de postes, présence permanente, horaires, qualifications par poste.
  5. La valeur contractuelle du mémoire, dite dans le CCAP.
  6. Le critère environnemental et les exigences sociales, obligatoires dans les consultations lancées depuis le 21 août 2026 (voir plus bas).

Mettez ces relevés dans un tableau, une ligne par exigence, avec la page du document d’où elle vient. C’est la matrice d’exigences. Elle se construit avant l’écriture, jamais après, et chaque ligne doit trouver sa réponse dans le mémoire avant le dépôt. Ce qui est contradictoire ou absent du dossier se demande à l’acheteur pendant la consultation, par écrit : c’est l’objet des questions à l’acheteur.

L’erreur classique. Lire le CCTP, écrire le mémoire, puis ouvrir le règlement de consultation la veille du dépôt pour découvrir la limite de pages ou le cadre imposé.

Mémoire libre : le plan se construit sur les sous-critères

Quand l’acheteur n’impose pas de cadre, il attend quand même un ordre : le sien. Un chapitre par sous-critère, dans l’ordre du règlement, avec les mots du règlement dans vos titres. Si le sous-critère s’appelle « organisation des postes et gestion des absences », votre chapitre s’appelle ainsi, pas « notre savoir-faire ». L’évaluateur retrouve sa grille dans votre sommaire et note plus vite, donc mieux.

Ajoutez en tête une table de correspondance : à gauche chaque sous-critère et son poids, à droite le chapitre et la page qui y répondent. Une page qui fait gagner du temps à celui qui note.

Donnez à chaque chapitre la place que son poids mérite. Dans une consultation nationale de gardiennage lue en septembre 2026, la valeur technique se répartissait ainsi : référents et encadrement 6 points, organisation et continuité 18, suivi et formations 16, moyens matériels et équipements 15, liste réelle des véhicules avec leurs émissions de CO2 et leur entretien 5. Un mémoire qui consacre trois pages à l’histoire de la société et une demi-page à la continuité se note tout seul.

Affectez les moyens, nommément. « Nous disposons d’un parc de véhicules » ne répond à rien. « Deux véhicules sérigraphiés affectés au lot, immatriculés et basés à l’agence la plus proche, dont un en réserve » répond. Le Conseil d’État a jugé en 2024 qu’une description générale de moyens, sans affectation au marché, ne satisfait pas une exigence du règlement.

Écrivez au présent et à l’indicatif. « Nous pourrions mettre en place une astreinte » ne vaut rien ; « Un chef d’équipe d’astreinte joignable 24 heures sur 24 au numéro remis au démarrage » est un engagement que l’évaluateur peut recopier dans son rapport.

Terminez par une lettre d’engagement d’une page, signée par le dirigeant, qui reprend numérotés les engagements chiffrés du mémoire. Peu de sociétés le font. C’est la page que l’évaluateur lit en premier et en dernier.

La méthode. Sous-critères dans l’ordre, mots du règlement dans les titres, table de correspondance en tête, moyens affectés et nommés, lettre d’engagement signée à la fin.

Mémoire dans un cadre imposé : CRT, CMT, trame ou formulaire

De plus en plus d’acheteurs joignent au dossier un cadre de réponse technique (CRT), aussi appelé cadre de mémoire technique (CMT) ou trame : un questionnaire, souvent au format Word, parfois un formulaire en ligne sur leur profil d’acheteur, que chaque candidat complète. Il tient lieu de mémoire technique. Tous les candidats répondent dans le même ordre, et l’acheteur compare case par case.

Ce que dit le juge

  • Le cadre s’impose dès que le règlement le dit clairement. Quand il est seulement « vivement recommandé », vous pouvez utiliser votre propre document, mais vous devez répondre à chacune de ses exigences. Le tribunal administratif de Marseille a annulé une procédure parce que l’attributaire avait répondu de façon générale aux questions de méthode et d’organisation du cadre (13 juin 2025, n° 2505789).
  • Un renvoi vers une annexe doit nommer le document, la page et le paragraphe quand le cadre le demande. Le tribunal administratif de Lyon a jugé irrégulière l’offre d’un candidat qui n’avait pas renseigné une case du cadre alors que l’information figurait dans sa fiche technique jointe (10 juillet 2025, n° 2310679). L’information existait ; elle n’était pas là où le cadre la voulait.
  • Un écart de pure forme, sans autre incidence qu’esthétique, ne rend pas l’offre irrégulière (tribunal administratif de Dijon, 27 décembre 2024, n° 2404163). Ce qui compte, c’est que chaque rubrique du cadre reçoive sa réponse, au bon endroit.

Ces décisions sont des décisions de première instance, rendues en référé. Elles disent la même chose que le Conseil d’État sur le règlement de consultation : il s’applique tel qu’il est écrit.

La méthode dans un cadre

  1. Gardez le cadre tel quel. Même ordre, même numérotation, mêmes intitulés de questions. Vous ne réécrivez pas les questions, vous ne fusionnez pas deux rubriques, vous n’en ajoutez pas.
  2. Une réponse par case, complète en elle-même. L’évaluateur ne lit pas votre cadre de la première à la dernière page ; il note rubrique par rubrique, parfois à plusieurs. Une case qui dit « voir réponse 3.2 » n’est pas notée.
  3. Un renvoi, quand il est inévitable, nomme le document, la page et le paragraphe. Jamais « voir annexes ».
  4. Respectez la longueur par case quand elle est fixée, en caractères ou en lignes. Comptez-la sur le fichier final, pas sur le brouillon.
  5. Quand le cadre est un formulaire en ligne à champs fermés, préparez chaque réponse hors ligne, comptez les caractères, puis collez. Les plateformes d’achat coupent sans prévenir et n’enregistrent pas toujours le brouillon.
  6. Vérifiez que le périmètre du cadre et celui de votre offre financière sont les mêmes : mêmes sites, mêmes lots, mêmes horaires. Un site chiffré dans le BPU et absent du cadre, ou l’inverse, est une incohérence que l’acheteur voit.
  7. Signez et tamponnez le cadre si le règlement le demande, sur chaque page si c’est écrit ainsi. Joignez les preuves que le cadre autorise, et seulement celles-là, nommées dans la case qui les appelle.

L’erreur classique. Rédiger un beau mémoire libre de trente pages, puis le « découper » dans le cadre la veille du dépôt. Les réponses tombent à côté des questions, et le cadre se retrouve avec des cases vides.

Ce qu’un acheteur de sécurité privée attend, rubrique par rubrique

Les sous-critères changent d’un marché à l’autre, mais les sujets reviennent. Voici ce que l’évaluateur veut lire sur chacun, et ce qu’il sanctionne.

L’organisation des postes. Par site et par poste : le nombre d’agents par vacation, les horaires, les jours fériés, les relèves, les rondes avec leur fréquence. Un planning type sur une semaine complète, sans trou horaire, vaut mieux que trois pages de texte. Le planning doit respecter le CCTP à la lettre : si le cahier impose une présence permanente par site, un poste mutualisé entre deux sites rend l’offre irrégulière, quel que soit le prix.

Des équipes fixes, et comment vous les tenez. L’acheteur a déjà vu des agents différents chaque semaine, qui ne connaissent ni le site ni ses consignes. Écrivez l’affectation nominative et stable des agents au site, le chef d’équipe désigné, le vivier de remplaçants formés au site avant la première absence, et ce qui fait rester vos agents : la rémunération au-dessus du minimum conventionnel si c’est le cas, les heures supplémentaires payées chaque mois, les primes d’assiduité. Donnez votre taux de rotation réel sur des sites comparables, mesuré, pas estimé. Si vous ne le mesurez pas, n’écrivez pas de chiffre.

Les qualifications et les cartes professionnelles. Pour chaque type de poste, la qualification exigée (carte professionnelle, SSIAP, SST, cynophile) et la vôtre. La carte professionnelle est valable cinq ans (code de la sécurité intérieure, R612-13) et son renouvellement passe par une formation de maintien des connaissances ; sans carte ou récépissé valide, un agent ne peut pas être affecté à un poste. Écrivez la procédure de vérification : qui contrôle la validité des cartes, à quelle fréquence, avec quel outil (un planning qui bloque l’affectation d’un agent dont la carte expire vaut une procédure), où c’est consigné. Ne joignez pas de liste nominative d’agents avec leurs numéros de carte : ce sont des données personnelles. Le client peut demander les références des cartes de chaque agent affecté à la prestation, et vous les communiquez sans délai (article L612-15). Dites-le, et tenez la liste prête.

La formation. Pas la liste de tout ce que vous avez déjà fait, mais le plan de formation rattaché aux postes de ce marché : qui, quoi, quand, par quel organisme, avec quel justificatif remis à l’acheteur. Les recyclages obligatoires (maintien des connaissances, SSIAP, SST) y figurent avec leurs échéances.

La continuité de service et les contacts joignables. Comment un agent absent à 5 h 45 est remplacé à 6 h : le vivier de remplaçants, la chaîne d’appel, le délai que vous tenez réellement. Donnez un numéro d’astreinte unique, joignable 24 heures sur 24, tenu par l’encadrement, et une matrice d’escalade à quatre niveaux : l’agent d’exploitation d’astreinte, le responsable du secteur, le directeur d’exploitation, le dirigeant. Aucun texte n’impose cette astreinte ; c’est votre contrat qui l’impose, dès que vous l’écrivez. Sur les marchés avec intervention sur alarme, la levée de doute est obligatoire avant tout appel aux forces de l’ordre (L613-6), et aucun texte ne fixe de délai légal d’intervention ; la règle APSAD R31 est une norme privée. Le délai que vous écrivez est le vôtre, et il vous suit.

Les consignes, la main courante, les contrôles. Le cahier des consignes propre au site, la main courante, le registre des contrôles internes : ce sont les documents que le CNAPS vérifie lors d’un contrôle au siège et sur un site client (charte du contrôle du CNAPS, annexe 1). Les montrer dans le mémoire, par un extrait anonymisé, prouve que votre organisation existe avant le marché. Écrivez aussi vos contrôles inopinés : qui, à quelle fréquence, sur quelle grille, avec quel objectif chiffré, et ce qui se passe quand le résultat est en dessous.

Les moyens matériels et numériques. Ce sous-critère pesait 15 points sur 100 dans la consultation nationale citée plus haut, plus 5 points pour la liste réelle des véhicules. Détaillez, affectés au lot et en nombre : les tenues conformes à l’arrêté du 18 juillet 2023, applicable depuis le 1er octobre 2024, avec le numéro individuel et la mention « sécurité privée » au dos ; les radios ; les véhicules, avec leur motorisation et leur entretien. Puis les outils numériques, qui font aujourd’hui la différence :

  • la main courante informatisée, horodatée, chaque entrée imputée à l’agent, les corrections tracées, et l’accès de l’acheteur en lecture par un portail, sans surcoût ;
  • le contrôle de ronde par pastilles NFC, avec les consignes du poste lisibles sur le téléphone de l’agent ;
  • le dispositif d’alarme pour travailleur isolé (DATI, souvent appelé PTI) : l’employeur doit organiser les secours de tout salarié qui travaille isolé, et une entreprise extérieure qui intervient de nuit ou dans un lieu isolé chez son client ne peut laisser aucun salarié là où il ne pourrait être secouru à bref délai (code du travail, L4121-1 et R4512-13). L’INRS, dans sa brochure ED 6288, décrit ce qu’un dispositif sérieux comporte : alarme manuelle et automatique, levée de doute par appel avant l’envoi des secours, essais réguliers par simulation, chaîne de secours écrite. C’est ce que l’acheteur attend de lire, poste par poste ;
  • le planning qui bloque l’affectation d’un agent dont une pièce expire.

Nommez les outils, dites depuis quand vous les utilisez, et joignez une capture réelle anonymisée plutôt qu’une plaquette d’éditeur.

Le reporting. Le rapport des 24 heures chaque matin, la synthèse hebdomadaire, le tableau de bord mensuel avec ses indicateurs (présence, rondes faites sur rondes prévues, événements, délais de remplacement, contrôles), les réunions de suivi et leur fréquence. Rien de cela n’est imposé par un texte, tout est imposé par le CCTP et le CCAP du marché, parfois avec une pénalité par rapport manquant. Montrez un modèle réel, anonymisé.

La reprise du personnel. Quand un prestataire est en place, l’accord de reprise de la branche (avenant du 28 janvier 2011 à l’accord du 5 mars 2002, convention collective des entreprises de prévention et de sécurité) s’applique. Dites que vous le connaissez, comment vous recueillez la liste du personnel transférable, et chiffrez la reprise dans l’offre financière, en agrégats, jamais nom par nom dans le mémoire. Depuis le 1er juillet 2026, les heures planifiées au minimum conventionnel de six heures comptent pleines pour la reprise (avenant n° 2 du 3 septembre 2025 à l’accord du 1er avril 2021, étendu par arrêté du 27 mai 2026).

La sous-traitance. Limitée à deux rangs et à trois motifs par le code de la sécurité intérieure (article L612-5-1), avec information écrite du client. Si vous sous-traitez une partie du lot, dites-le, nommez le motif, et joignez la déclaration de sous-traitance, le DC4.

Le démarrage. Un calendrier de la notification au premier jour de prestation : visite des sites, remise des consignes, affectation des agents, reprise, remise des tenues et du matériel, test des dispositifs d’alarme. L’acheteur redoute le premier mois plus que le reste du marché.

L’en-tête du mémoire. Tout document contractuel d’une entreprise de sécurité privée reproduit le numéro de son autorisation d’exercice et la mention « L’autorisation d’exercice ne confère aucune prérogative de puissance publique » (code de la sécurité intérieure, articles L612-14 et L612-15). Le même article interdit de faire état d’un passé de policier ou de militaire d’un dirigeant ou d’un salarié. Un mémoire qui l’oublie montre à l’acheteur une société qui ne connaît pas son propre cadre. Chaque établissement qui exécute la prestation a sa propre autorisation : c’est celle de l’agence qui tient le marché que l’acheteur contrôle, pas seulement celle du siège.

Le critère environnemental et les exigences sociales, obligatoires depuis le 21 août 2026

L’article 35 de la loi Climat et résilience du 22 août 2021 s’applique aux consultations lancées à compter du 21 août 2026 (décret n° 2022-767 du 2 mai 2022 ; fiches de la direction des affaires juridiques de Bercy, juillet 2026). Trois choses changent pour vous.

Au moins un critère d’attribution prend en compte les caractéristiques environnementales de l’offre, que l’acheteur en retienne un ou plusieurs (code de la commande publique, L2152-7). Le prix seul n’est plus possible ; un critère unique doit lui-même intégrer l’environnement, par le coût global. Les conditions d’exécution comportent des considérations environnementales, quel que soit le montant (L2112-2). Au-dessus des seuils européens, 216 000 € HT pour les collectivités et 140 000 € HT pour l’État en 2026, elles comportent aussi des considérations sociales ou liées à l’emploi, lot par lot (L2112-2-1). La direction des affaires juridiques indique qu’une pondération d’au moins 10 % de la note pour le critère environnemental « peut être une pratique pertinente » ; c’est une recommandation, pas une règle. Avant cette date, dans cinq consultations publiques de gardiennage publiées entre mai 2025 et janvier 2026 que nous avons relues, ce critère pesait 5 à 10 % quand il existait, et l’une des cinq n’en avait pas.

Ce que l’acheteur peut vous demander comme preuve dépend de votre taille. Le bilan des émissions de gaz à effet de serre est obligatoire au-dessus de 500 salariés ; l’index de l’égalité professionnelle à partir de 50 ; l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés à partir de 20 ; le document unique d’évaluation des risques dès le premier salarié. En dessous de ces seuils, dites-le, et montrez ce que vous faites quand même.

Il n’existe pas de fiche officielle propre au gardiennage. La fiche de la direction des achats de l’État sur les déplacements des personnes (mars 2026) est celle qui s’applique le mieux à une prestation de service humain : intervenants affectés à proximité du site, mutualisation des déplacements, écoconduite, véhicules à faibles émissions, bilan annuel des kilomètres parcourus. Voici ce qu’une société de sécurité peut écrire sans mentir, seulement si c’est vrai et prouvable par une facture, une procédure datée ou une attestation :

  1. L’affectation de proximité : agents recrutés et affectés au plus près du site, distance moyenne domicile-site mesurée.
  2. Les déplacements : plan de rondes mutualisé, transports en commun ou vélo encouragés, forfait mobilités durables s’il existe.
  3. La flotte : liste des véhicules avec leur motorisation ou leur vignette, formation à l’écoconduite des conducteurs, attestation à l’appui.
  4. Les tenues : fournisseur, durée de vie, réparation, reprise ou recyclage des tenues usagées.
  5. La dématérialisation : main courante et rapports sans papier, consommables réduits.
  6. Le bilan des kilomètres de l’année, même sans obligation de bilan carbone.
  7. L’insertion : la voie choisie pour les heures d’insertion que le marché impose (embauche directe, entreprise de travail temporaire d’insertion, groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification, sous-traitance à une structure d’insertion), un correspondant désigné, le contact pris avec le facilitateur de l’acheteur (CCAG-FCS 2021, article 16).
  8. L’égalité : l’index publié avec sa note réelle si vous y êtes tenu ; sinon la part des femmes dans l’effectif et l’encadrement, mesurée.
  9. Le handicap : le taux réel d’emploi si vous y êtes tenu ; les contrats passés avec une entreprise adaptée ou un établissement de travail protégé, par exemple pour l’entretien des tenues.
  10. La santé au travail : le document unique daté, les formations aux risques du poste.

Ce qui ne s’écrit pas : une certification que vous n’avez pas, une charte signée nulle part, un « engagement » sans date ni preuve. Un évaluateur qui lit vingt mémoires reconnaît la page RSE recopiée d’un modèle.

Ce que vos agents ont le droit de faire, et ce que le mémoire ne doit jamais promettre

Agent de sécurité privée en poste à l’entrée d’un immeuble de bureaux

Un mémoire de sécurité privée se note aussi sur ce qu’il ne promet pas. Un acheteur public connaît le code de la sécurité intérieure ; une promesse illégale est une faute professionnelle lue noir sur blanc.

  • La voie publique. Les agents exercent à l’intérieur des bâtiments ou dans la limite des lieux dont ils ont la garde. Sur la voie publique, ils n’interviennent qu’à titre exceptionnel, sur autorisation du préfet, pour des missions de surveillance contre les vols, dégradations, effractions et actes de terrorisme visant les biens gardés (L613-1). N’écrivez jamais « nos agents sécurisent les abords » ; écrivez « surveillance depuis l’enceinte, alerte des forces de l’ordre, intervention aux abords seulement sur autorisation préfectorale obtenue ».
  • Les fouilles et les palpations. L’inspection visuelle des bagages est possible ; la fouille demande le consentement ; hors des enceintes dont il est question ensuite, la palpation demande le consentement exprès, un agent du même sexe, et n’est possible qu’en cas de menace grave ou dans un périmètre de protection, sur arrêté préfectoral (L613-2). Dans les enceintes sportives, récréatives et culturelles de plus de 300 spectateurs, des palpations sont possibles, mais seulement par des agents qualifiés et agréés par le CNAPS, sous le contrôle d’un officier de police judiciaire et avec le consentement exprès des personnes (L613-3). L’inspection visuelle des véhicules et de leurs coffres, créée par la loi du 20 mars 2026 pour les grands événements et étendue par la loi du 18 août 2026, se fait avec le consentement exprès du conducteur, sans fouille (L613-2-1).
  • L’intrusion. Un agent peut appréhender l’auteur d’un crime ou d’un délit flagrant puni d’emprisonnement et le remettre à un officier de police judiciaire, avec la force strictement nécessaire (code de procédure pénale, article 73). Rien de plus. Le code de déontologie interdit toute violence, même légère, hors légitime défense. N’écrivez ni « interpellation » ni « neutralisation ».
  • Les armes. Hors les cas prévus par la loi et le décret de 2017, les agents ne sont pas armés (L613-5). Aucune bombe lacrymogène, aucune matraque promise sans base.
  • Les conflits du travail et les opinions. Les agents ne s’immiscent pas dans un conflit du travail et ne surveillent pas les opinions politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales (L612-4). Sur un site en grève, le mémoire dit ce que l’agent fait : il garde le site.
  • L’incendie. L’agent alerte, évacue, guide les secours, et agit dans les limites de sa qualification SSIAP. Il ne « maîtrise » pas un sinistre.

Les preuves plutôt que les promesses

Un mémoire se note sur ce qu’il prouve. Pour chaque engagement, demandez-vous ce que l’évaluateur peut vérifier.

Ce qui se joint, quand le règlement l’autorise : un planning type réel, un extrait de main courante anonymisé, une capture du tableau de bord mensuel, un extrait du registre des contrôles internes, un organigramme de l’encadrement avec les fonctions, les attestations de formation d’un échantillon d’agents sans leurs données personnelles, un modèle de rapport des 24 heures.

Ce qui ne se joint pas : des photos d’agents ou de véhicules qui ne sont pas les vôtres, des certificats sans rapport avec le lot, une plaquette commerciale, une liste nominative d’agents, un logo de client sans son accord écrit. Les références s’écrivent par secteur, volume et durée, avec « nom et coordonnées communiqués sur demande ».

Chaque chiffre du mémoire se vérifie dans sa source, jamais dans une autre partie du même document. Le chiffre d’affaires et les effectifs des trois derniers exercices se lisent dans les liasses et le registre du personnel, pas dans l’ancien mémoire : l’acheteur recoupe avec les comptes publiés. Le parcours de chaque dirigeant n’a qu’une version, la même dans toutes les pièces et dans toutes les offres. Deux passages concordants d’un même document ne prouvent rien.

Le test du remplacement. Prenez votre mémoire, remplacez le nom de l’acheteur par un autre et le nom des sites par d’autres. Tout ce qui tient encore debout est du texte recyclé, et l’évaluateur le repère à la deuxième page. Ce qui ne tient plus, c’est votre mémoire. Il doit faire la majorité des pages.

Les erreurs qui coûtent des points, ou l’offre

  1. Contredire le CCTP. Un poste mutualisé, des heures réduites, une qualification remplacée par une autre : l’offre ne respecte plus les documents de la consultation et devient irrégulière (code de la commande publique, L2152-2). Elle n’est pas notée, elle est écartée.
  2. Recycler le mémoire du marché précédent. Le nom de l’ancien acheteur dans une phrase, un site qui n’existe pas dans ce lot, des propriétés de fichier au nom d’un autre marché.
  3. Répondre à côté des sous-critères. Trois pages sur l’histoire de la société, une demi-page sur la gestion des absences pondérée à 18 points.
  4. Décrire des moyens sans les affecter. « Notre parc », « nos équipes » : l’affaire jugée par le Conseil d’État en 2024.
  5. Écrire au conditionnel. « Nous pourrions », « il serait possible de » : l’évaluateur lit une absence d’engagement.
  6. Ignorer le cadre imposé, ou le remplir par des renvois vagues vers des annexes.
  7. Dépasser la limite de pages. Un mémoire de 74 pages pour une limite de 12 a été jugé irrégulier, sans régularisation possible, même si le règlement ne fixait ni la police ni l’interligne (tribunal administratif d’Orléans, 9 juillet 2025, n° 2503077). Comptez sur le PDF final, pas dans le traitement de texte : un export change la pagination.
  8. Porter des chiffres contradictoires entre le mémoire, le bordereau de prix et l’acte d’engagement : un effectif ici, un autre là, un site chiffré qui n’est pas décrit. C’est le plus faible des trois qui vous sera opposé.
  9. Promettre l’illégal : la voie publique, la palpation systématique, l’interpellation.
  10. Oublier l’en-tête réglementaire : le numéro d’autorisation et la mention de l’article L612-14. Et joindre une attestation d’assurance dont les plafonds sont inférieurs à ce que le dossier exige.

La liste de contrôle avant le dépôt

  • Chaque ligne de la matrice d’exigences a sa réponse, à la page notée.
  • Les titres reprennent les sous-critères, dans l’ordre du règlement.
  • La table de correspondance est en tête ; la lettre d’engagement signée est à la fin.
  • Le planning respecte le CCTP, poste par poste, sans trou.
  • Chaque moyen est affecté, nommé, localisé ; chaque outil numérique est nommé avec une preuve réelle.
  • Le critère environnemental a sa réponse, prouvable, et les exigences sociales du marché sont traitées.
  • Rien n’est promis que la loi interdit : voie publique, fouilles, armes, interpellation.
  • Chaque chiffre a la même valeur dans toutes les pièces du dossier, et sa source.
  • Le nombre de pages est compté sur le PDF final, hors annexes si le règlement le dit.
  • Le cadre imposé est rendu dans sa forme, chaque case remplie, chaque renvoi explicite, le périmètre identique à l’offre financière.
  • Aucune donnée personnelle d’agent ; les références de cartes sont prêtes sur demande.
  • L’en-tête porte le numéro d’autorisation de l’établissement exécutant et la mention L612-14 ; le fichier porte le nom demandé.

Questions fréquentes

Combien de pages doit faire un mémoire technique de sécurité privée ? Celles que le règlement de consultation autorise, pas une de plus. S’il ne fixe rien, visez la longueur qui répond à chaque sous-critère avec ses preuves, et rien d’autre. Un évaluateur qui lit cinq mémoires le même jour ne récompense pas l’épaisseur.

Le mémoire technique est-il obligatoire ? Dès que le règlement le demande, oui, et son absence ou son incomplétude rend l’offre irrégulière. Même « vivement recommandé », un cadre de réponse vous oblige à répondre à chacune de ses exigences.

Le critère environnemental est-il vraiment obligatoire pour un marché de gardiennage ? Oui, pour toute consultation lancée depuis le 21 août 2026, quel que soit le montant et le nombre de critères. Son poids est fixé par chaque acheteur ; lisez-le dans le règlement.

Peut-on réutiliser un mémoire d’un marché à l’autre ? Les faits sur votre société, oui : effectifs, agences, certifications, références. Tout le reste s’écrit pour ce site et cet acheteur. Faites le test du remplacement avant de déposer.

Qui doit rédiger le mémoire ? Celui qui sait comment le marché sera exécuté : le dirigeant ou le responsable d’exploitation, avec quelqu’un qui connaît les règles de la commande publique et qui relit en se mettant à la place de l’évaluateur. Un bureau d’appels d’offres fait ce second travail.

Que faire si le cadre est un formulaire en ligne ? Préparez les réponses hors ligne dans un document qui reprend l’ordre et les intitulés du formulaire, comptez les caractères, puis collez case par case. Gardez le document : c’est votre preuve de ce qui a été déposé.

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Sources

Rapport de branche Prévention-Sécurité, octobre 2023 (données 2022) · Code de la commande publique, L2112-2, L2112-2-1, L2152-2, L2152-7, R2152-7, R2152-11, R2152-12 · Loi n° 2021-1104 du 22 août 2021, article 35 ; décret n° 2022-767 du 2 mai 2022 ; fiches de la direction des affaires juridiques, juillet 2026 ; fiche de la direction des achats de l’État « Déplacements des personnes », mars 2026 · CCAG-FCS 2021, articles 4.1 et 16 · Code de la sécurité intérieure, L612-4, L612-5-1, L612-14, L612-15, R612-13, L613-1, L613-2, L613-2-1, L613-3, L613-5, L613-6 ; lois n° 2026-201 du 20 mars 2026 et n° 2026-798 du 18 août 2026 · Code de déontologie des activités privées de sécurité · Code de procédure pénale, article 73 · Code du travail, L4121-1, R4512-13 ; INRS, brochure ED 6288 · Charte du contrôle du CNAPS, annexe 1 · Convention collective des entreprises de prévention et de sécurité : avenant du 28 janvier 2011 à l’accord du 5 mars 2002 sur la reprise du personnel ; avenant n° 2 du 3 septembre 2025, arrêté d’extension du 27 mai 2026 · Arrêté du 18 juillet 2023 relatif aux tenues · Conseil d’État, 18 juin 2010, n° 337377 ; 18 octobre 2024, n° 474772 · Tribunaux administratifs : Dijon, 27 décembre 2024, n° 2404163 ; Marseille, 13 juin 2025, n° 2505789 ; Orléans, 9 juillet 2025, n° 2503077 ; Lyon, 10 juillet 2025, n° 2310679 · Consultation nationale de gardiennage lue par WEENAO en septembre 2026 (grille de notation). Relu le 11 octobre 2026.